Les Echos – Financement des PME : la fin de la certification des comptes fait débat

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Le gouvernement compte relever le seuil à partir duquel une PME doit recourir aux services d’un commissaire aux comptes. Certains assurent que cette mesure pourrait compliquer les relations avec les financeurs.

Les commissaires aux comptes ne sont pas les seuls à se préoccuper de la réforme de l’audit qui se profile. Alors que  le gouvernement souhaite relever le seuil à partir duquel les entreprises sont obligées de recourir à un commissaire aux comptes (CAC) , certains assurent que cela pourrait compliquer les relations des entreprises avec leurs financeurs.

L’argument fait partie de ceux avancés par les CAC qui  s’inquiètent des conséquences de la réforme pour leur profession . Selon eux, la certification des comptes par un tiers permet de rassurer les financeurs sur la solidité des emprunteurs. « On observe que dans des pays comme les Etats-Unis ou le Canada, les concours bancaires sont étroitement associés à la certification des comptes des entités concernées », fait ainsi valoir Jean Bouquot, président de la Compagnie Nationale des Commissaire aux Comptes (CNCC).

De l’utilité d’une étude d’impact

A l’inverse, dans un rapport, l’Inspection Générale de Finances a  estimé que « l’effet de la présence d’un CAC sur la capacité des petites entreprises à se financer n’est pas démontré » . « Les petites entreprises ont des comptes faciles à comprendre », fait valoir un connaisseur du financement des entreprises qui n’attend pas d’impact majeur de la réforme en la matière.

Du côté des banques, la prudence est de mise. « Nous comprenons et soutenons l’objectif d’allégement des contraintes pour les PME, mais il faut faire attention aux effets collatéraux car la transparence et la fiabilité des comptes sont importantes pour les prêteurs et aussi pour le  crédit interentreprises . Une étude d’impact incluant cette dimension serait utile sur cette mesure », fait-on valoir dans le secteur.

 D’autres acteurs du financement des entreprises se montrent plus directs. « Je pense que [la réforme] va compliquer les procédures d’attribution des crédits. Si une entreprise renonce à son CAC, son prêteur va lui demander pourquoi et les banques pourraient demander davantage de garanties », estime ainsi Cyril Tramon dirigeant de la plateforme de financement aux entreprises  Wesharebonds . « C’est un sujet de vigilance » estime de son côté Oliver Goy, le patron de  Lendix , une autre plate-forme de prêt aux entreprises. « Nous allons regarder d’encore plus près comment sont construits les chiffres [des sociétés qui sollicitent un financement] », assure-t-il.

Beaucoup d’informations disponibles

Les spécialistes de l’information sur les entreprises et notamment ceux qui leur attribuent des « scores » assurent qu’ils seront toujours en mesure d’évaluer la solidité des sociétés compte tenu des multiples sources d’information disponibles. « Cela ne devrait pas avoir d’impact sur notre activité mais il faudra voir à l’usage », estime Charles Battista, dirigeant de la Figec, qui représente ces acteurs. En revanche, « pour les fournisseurs qui ont l’habitude d’avoir des comptes validés par les CAC, l’absence de cette information pourrait handicaper la relation commerciale et in fine pénaliser le crédit interentreprises », dit-il.

Reste que même si elles n’en ont plus l’obligation, les PME pourront toujours choisir de se faire certifier leurs comptes.

SOLENN POULLENNEC
@SolennMorgan
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